OTHER THING
Jean-Claude BERSEGOL 6tet 
Featuring Alain SOLER, Jean-Claude BOURRIER, André JAUME, Antony SOLER, Benjamin DAUVERGNE...

other thing

 Extrait en écoute : Sun's Thing


OTHER THING

Jean-Claude BERSEGOL 6tet

  • Ouverture

  • Black Vibrations

  • Guitar Solo

  • Other Thing

  • Tenor Sax Solo

  • Sun's Thing

  • Quatuor Thing

  • Quintet Thing

  • Soprano Sax Solo

  • Almost New Thing

Jean-Claude Bersegol : Sax tenor, Clarinette basse, Compositions
André Jaume : Sax soprano, Clarinette basse
Alain Soler : Guitare
Jean-Claude Bourrier : Orgue de barbarie
Antony Soler, Benjamin Dauvergne : Batterie, percussions
Enregistré au Studio ECS en Aout 2011 
Prise de son, Mixage et Mastering : Antony Soler
Pochette, Art design : Fannie Schlecht 
Production : Atelier de Musiques Improvisées


En réunissant des univers musicaux faussement opposés, en associant des musiciens singuliers dans une instrumentation originale, Jean-Claude Bersegol propose ici, en son premier disque, un essai artistique qui a tout du « coup de maître ». 
Le saxophone est l'instrument du jazz, pourtant Jean-Claude Bersegol s'est formé au répertoire (assez réduit) classique et contemporain de cet instrument, au CNSM de Paris dont il obtiendra un 1er prix à au début des années 70. 
Il est des artistes qui se construisent sur une courte période et parviennent rapidement à réaliser un projet musical. Pour d'autres il en va autrement. Ainsi, pour finaliser cette session d'enregistrement, il aura fallu plus de trente ans à Jean-Claude Bersegol pour synthétiser des sphères musicales qui ne se côtoyaient pas nécessairement, en se libérant des formats imposés par l'Ecole de musique, et réunir une équipe pluri-générationnelle de musiciens de haut vol, constituée comme suit : André Jaume à la clarinette basse et au sax soprano, Jean-Claude Bourrier à l'orgue de barbarie, Alain Soler, incontournable poly-instrumentiste que l'on retrouve ici à la guitare, ainsi que deux jeunes batteurs-percussionnistes Benjamin Dauvergne et Antony Soler. Ce dernier, fils du guitariste, est aussi ingénieur du son. Il signe ici – en un espace stéréophonique remarquablement pensé et à considérer comme partie artistique indissociable du projet – toute la réalisation technique de cet album impulsé par le Label Durance, structure associative exemplaire implantée à Château-Arnoux, dans les Alpes de Haute-Provence. 
Quelques mots sur les musiciens présents ici...
Soulignons tout d'abord la complémentarité des saxophonistes (clarinettistes), dont le « son » est marqué (marquant) dès les premières notes (on le savait pour A. Jaume, on le découvre pour J.C. Bersegol) les univers artistiques de chacun se croisent et se répondent idéalement. Il en va de même pour les batteurs qui se partagent à la fois l'espace stéréophonique et les différents timbres de leurs instruments. Benjamin Dauvergne et Antony Soler jouent tout en nuances maîtrisées, alliées à un tempo indéfectible (lorsque tempo il y a...) et osant, lorsqu'il le faut, l'indispensable prise de risque, gage de toute bonne musique improvisée. Cette complémentarité musicale se conjugue également avec une complicité frappante dont le principal vecteur est l'écoute de l'autre, des autres, et cela, à chaque instant. 
Soulignons aussi les textures d'accompagnement, ciselées tout autant par A. Soler à la guitare (jouant à merveille de l'électronique pour édifier ses cathédrales de sons) que par J.C. Bourrier à l'orgue de barbarie ; instrument rare dont le timbre à la singularité flutée crée la surprise en distribuant tantôt des nappes continues, tantôt des grappes de notes sérielles, bombardées par intermittence au gré des morceaux. On imagine et on mesure alors tout le travail prospectif quant à l'élaboration des « cartons » d'orgue, ce qui nous donne une idée de la dimension réflexive du projet de ce sextet.
Et puis, loin de cette tendance-mode qui « urbanise » le jazz tout azimut, le sextet de Jean-Claude bersegol nous offre – autrement – l’essentiel de la musique improvisée. Organisé comme un voyage en plusieurs escales, sur des prétextes composés qui « chantent » à l’unisson, une interactivité de tous les instants est nourrie par l’énergie communicative d’un collectif jubilateur, et jubilatoire. Collectif qui, dans des propos toujours renouvelés, sait faire référence tant à l’histoire du Jazz afro-américain, qu’à celle de la Musique Contemporaine Européenne.
En un même temps, on devine et perçoit une « ancre » musicale bien enracinée, ici et maintenant, dans cette terre « Jean-Gionesque » ou le bleu du ciel découpe les sommets des montagnes parcourues à pied depuis des siècles, en silence. Silence perceptible tout au long de cette musique qui sans relâche écoute « l'autre » et l'interroge.
Offrant des interludes sous formes de virgules en solo ou de brefs collectifs, les pièces et mouvements choisis nous renvoient parfois à un Roland Kirk rêvant son nouveau nom de Rahsaan, aux multiples et intimes significations (Black Vibrations , Musique du soleil, empruntés pour certains titres de l'album). L'unité esthétique de l'album, entrecoupée de motifs mélodiques subtilement récurrents, évoluant en intervalles stables puis explosant en de lumineux pluriels associés parfois à de puissantes rythmiques asymétriques, induit indéniablement une spiritualité presque tangible. 
Par moments, l'influence d'un Olivier Messiaen se fait sentir çà et là (Ouverture et Tenor Sax Solo), en un mode opéré sur deux octaves et déroulé comme une petite oeuvre en hommage au compositeur du Quatuor pour la fin du Temps.
Jean-Claude Bersegol, professeur de saxophone au Conservatoire de Manosque depuis les années 80, réussit ici l’audacieuse bascule du projet discographique qui fait sens. Son sextet nous délivre avec envie, une musique affirmée et poétique qui vous transporte du début à la fin.
Goûtons donc, ici et maintenant, cette autre chose.

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